Éditorial

L’homosexualité au Cameroun : problème politique

"Il serait honteux de laisser parler Isocrate et de se taire", Aristote.

"Ne pas tourner en dérision, s'en lamenter, se répandre en reproches voire en malédictions, mais comprendre (intelligere), Spinoza

  À quoi aura servi tout ce tapage autour de l’homosexualité ? Il aura signifié des choses différentes pour des individus et des groupes différents.

1. Il est était destiné, pour les uns, à promouvoir sa dépénalisation et sa pratique au grand jour, sans répression ni persécution. Cette bonne « intention démocratique » a raté sa cible par sa sous-estimation du sens historique et sociologique de la loi existante et sa surestimation, réelle ou feinte, du besoin, dans ce cas, de la protection et de la sanction des lois par ceux qui détiennent le pouvoir.

a) Le sens historique et sociologique de cette loi était de satisfaire à la moralité populaire et le conformisme bien-pensant d’un régime autoritaire et non de faire face à un problème massif et grave de mœurs et d’ordre public. Elle visait en premier lieu les écarts des coopérants et missionnaires expatriés, à prévenir les scandales et à les couvrir (par l’expulsion expéditive et discrète), à « tenir » et à faire chanter quelques individus comme on le faisait ailleurs et il n’y a guère grâce à la brigade mondaine plutôt qu’à sanctionner et à instaurer une inquisition. Il aurait été bien avisé de s’interroger sur son effectivité. Combien de fois a-t-elle servi de recours devant les tribunaux ? Combien de fois a-t-elle été appliquée ? Rien de plus facile que de trouver des réponses à ces questions et à d’autres semblables. Un sondage rapide indique la situation probable, qu’on ne saurait interpréter comme le résultat de sa force dissuasive, plus efficace que celle de la condamnation du vol à main armée et par effraction. Elle aura été une loi dormante, comme tant d’autres, qui n’a pas démontré son urgence ni sa nécessité, même si d’aucuns apprécient ou redoutent ce genre de dispositions légales pour leur fonction d’épée de Damoclès pendant opportunément au-dessus de certaines têtes pour d’éventuels règlements de comptes. On peut alors, en juge mécanique, les arracher de cet enracinement, les croire dotées d’une caractéristique propre à toute loi, sa généralité, et les appliquer sans états d’âme, comme hier le soldat et le fonctionnaire les ordres, décrets, arrêtés, consignes ou simples suggestions de la « hiérarchie » résultant en crimes contre l’humanité et en quelque génocide, et aujourd’hui et désormais tenus pour responsables. Quoi qu’il en soit, la prudence, qui est une vertu politique de l’intelligence au service du bien, recommandait de laisser une loi dormante poursuivre son sommeil rarement troublé, sachant qu’elle appartient à une espèce dont nos gouvernants ne peuvent avoir ni l’énergie ni la détermination pour une mise en œuvre consistante, mais seulement par à-coups et accès brefs, sous l’aiguillon de moments imprévisibles dus aux contingences extérieures.

(...)*

 F.E.B.

* La suite dans Terroirs 1-2/2007

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